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Prescris-moi … un clown

Article rédigé par Dre Gaelle Vekemans, pédiatre

Encore une piqûre. Je déteste les piqûres. Et même si on me gaelle vekemansdit que c’est pour mon bien, que ça va m’aider à guérir vite, que ce ne sera pas bien long et que je suis courageux, tous ces refrains connus des Grandes Personnes de l’Hôpital ne rendent pas ces piqûres moins pénibles. Je n’ai plus envie de sourire. Je me sens tout petit et vulnérable dans cette chambre triste et grise. Je ne décide rien. Juste parfois ce que je mange comme collation. C’est la maladie et les docteurs en blouses blanches qui décident. Ils parlent beaucoup avec papa et maman. Mais moi, on ne me dit pas tout. Je cherche un espace, un moment où je peux redevenir moi, juste un peu.

Un docteur au nez rouge passe me dire bonjour. Il ne me parle pas  de piqûre, ou de maladie. Il a un drôle de nom, un nom qui fait sourire. Pas vraiment un nom de vrai docteur, je crois. Je ne m’en souviens pas du premier coup. Et il est toujours accompagné de sa copine docteur, au nez  rouge et au faux nom de docteur elle aussi. Je n’étais pas sûr au début, ça me gênait un peu. Mais maintenant, je les attends dans le corridor. En souriant. Je crois qu’avec eux je redeviens moi. Ils m’inventent une chambre moins grise. Je vais leur demander s’ils peuvent venir avec moi pour ma prochaine piqûre…

J’ai été tout de suite conquise. Dès les premiers instants, j’étais prise au jeu. Je devenais une autre docteure, celle qui donnait aussi de l’importance à ce qui va bien, plutôt qu’à ce qui ne va pas.

Je ne suis pas seule à avoir été séduite. Les études menées au cours des dernières années ne cessent d’appuyer les multiples bénéfices de la visite des clowns thérapeutiques en milieu de soin. Bien sûr, dans cet environnement parfois stérile et froid, leur présence est synonyme de bonheur et de rire. Avec le jeu, la musique et l’imaginaire, ils créent un moment où tout redevient permis. L’enfant reprend le contrôle pendant un court moment: il est à nouveau l’égal dans le jeu, et non le démuni dans la maladie.

L’impact est tout aussi tangible chez la personne âgée. Les clowns favorisent un climat de socialisation, chassant ainsi l’isolement et les potentiels risques de dépression. Une visite régulière des artistes diminue de façon notable la consommation d’antidouleurs et d’anxiolytiques. Nos aînés demeurent plus confiants, et restent donc plus fidèles et ouverts aux traitements proposés.

Les clowns thérapeutiques améliorent nettement la qualité de vie hospitalière, si bien qu’ils réduisent même le taux d’absentéisme du personnel dans les milieux qu’ils fréquentent.

Ça semble si facile, et pourtant, rien n’est tout à fait improvisé. Les artistes ont des antennes. Ils doivent s’adapter au regard accueillant comme à la porte qui se ferme, à la bonne comme à la mauvaise nouvelle, à la douleur comme à la guérison. Ils jonglent avec douceur, compréhension, patience et complicité. Ils sont bien plus que de rigolos visiteurs de passage, ils font partie de l’équipe de soins.

Moi aussi j’ai reçu une piqûre, celle de prescrire un Dr Clown.

Dr Gaëlle.

 

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